HOMÉLIE DE SAINT BERNARD SUR LE PSAUME 90

Il donne mission à ses anges de le garder sur tous tes chemins. Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes. Qu'ils confessent et disent parmi les nations les merveilles que le Seigneur fit pour eux ! Seigneur, qu'est-ce que l'homme, que tu te sois fait connaître à lui, que tu lui ouvres ton cœur ? Tu lui ouvres ton cœur, tu le traites avec sollicitude, tu prends soin de lui. Pour finir, tu lui destines ton Fils unique, tu envoies en lui ton Esprit, et même tu lui promets de voir ton visage. Mais, pour qu'aucun être du ciel ne reste hors de cette sollicitude pour nous, tu envoies ces esprits bienheureux pour qu'ils remplissent un service à notre égard, tu les charges de veiller sur nous, tu leur commandes de se faire nos pédagogues. ~

Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Quel n'est pas le respect que cette parole doit susciter en toi, la ferveur qu'elle doit faire naître, la confiance qu'elle doit inspirer ! Le respect à cause de leur présence, la ferveur à cause de leur bienveillance, la confiance à cause de leur vigilance. ~ Ils sont donc là, à tes côtés, non seulement avec toi mais pour toi. Ils sont présents pour te protéger, pour te secourir. ~ Et même si c'est Dieu qui leur en a donné l'ordre, on ne peut pour autant manquer de reconnaissance à leur égard, en raison de la si grande charité avec laquelle ils obéissent et du besoin si grand que nous avons de leur aide.

Soyons donc pleins de respect et de reconnaissance pour une telle vigilance de leur part ; aimons-les en retour et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons. Mais c'est à Dieu qu'il nous faut rapporter la totalité de notre amour et de notre honneur, à Dieu de qui les anges, aussi bien que nous, reçoivent toute la capacité de l'honorer et de l'aimer, non moins que la possibilité de se rendre dignes de son amour et de son honneur. ~ Aussi est-ce en Dieu, mes frères, qu'avec affection il nous faut aimer ses anges, dans la conscience qu'ils seront un jour nos cohéritiers, et que d'ici là le Père dispose et ordonne qu'ils soient pour nous des intendants et des éducateurs. Car dès maintenant nous sommes fils de Dieu, bien que cela ne soit pas encore évident, puisque nous sommes encore des enfants soumis à des intendants et à des éducateurs, et qui semblent pour le moment ne différer en rien des esclaves.

Pourtant, si petits que nous soyons, et si longue — et pas seulement longue mais dangereuse — que soit la route qui nous reste à parcourir, qu'aurions-nous à craindre sous une si bonne garde ? On ne peut ni les vaincre ni les égarer, et moins encore redouter qu'ils ne nous égarent, eux qui nous gardent sur tous nos chemins. Ils sont fidèles, ils sont sages, ils sont puissants : qu'aurions-nous à craindre ? Suivons-les seulement, attachons-nous à eux, et demeurons sous la sauvegarde du Dieu du ciel.